Denis Baupin #me too

Depuis quelques jours, nous assistons au procès de Denis Baupin (DB), accusé d’agressions sexuelles au sein du parti Europe Ecologie Les Verts (EELV).
En réalité, cette question a déjà été tranchée : Suite au travail journalistique commun de Médiapart et France Inter qui avait réuni des témoignages de victimes de DB, une enquête a été ouverte le 10 mai 2016 et a conclu que les faits étaient « susceptibles d’être qualifiés pénalement » mais a été classée sans suite pour prescription. En effet, à cette époque ce type d’agression avait un délai de prescription de 3 ans seulement, qui est passé à 6 ans en février 2017

Non satisfait de s’en sortir à si bon compte, ce gros forceur de DB a maintenu sa plainte en diffamation, et c’est à ce procès que nous assistons aujourd’hui, celui des victimes, que leur agresseur tente de malmener une fois de plus, une fois de trop sans doute. Ce qui en ressort pour le moment se retourne bel et bien contre lui, et tant mieux.

Pour ajouter au contexte, en mars 2016 Denis Baupin avait participé à #mettezdurouge contre les violences faites aux femmes :

Ce qui a suscité un peu plus l’indignation et accéléré la réaction de certaines de ses victimes.

« J’ai d’abord essayé de régler ça en interne dans le parti et puis il y a eu la photo du 8 mars. J’ai eu l’impression qu’il prenait mon rouge à lèvres. C’était violent ».

Sandrine Rousseau

Ainsi, on assiste depuis quelques jours à des témoignages accablants, révoltants et d’une grande dignité de la part de femmes dont on peut mesurer la souffrance, l’impact négatif des agissements de DB sur leurs vies. On ne peut que s’indigner de tout cela et c’est en ça que ce procès, même s’il ne le condamnera pas, est un peu celui de Denis Baupin.

« J’ai divorcé 3 semaines avant la publication de l’article. J’ai dit à celui qui allait devenir mon ex mari « l’affaire Baupin va sortir », il m’a répondu « c’est en partie à cause de lui qu’on est là. »

Sandrine Rousseau, en larmes.

« Je ne pensais pas dire ça un jour mais je voudrais dire merci à Denis Baupin. Ce procès qu’on n’a pas choisi, nous permet de dire haut et fort, sans honte, ce que nous avons vécu, que ça sorte enfin. »

Isabelle Attard

On peut suivre le tout relayé sur le compte twitter de Marie Barbier.

Vraiment, il faut lire ces témoignages !
Celui de Cécile Duflot par exemple, qui m’a vraiment touché.

« Il me caresse et met sa main sur mon cou, il me dit « laisse toi faire ». J’ai eu un bon réflexe je lui ai donné un coup de pied dans le tibia. je l’ai poussé dehors et j’ai claqué la porte ».

Cécile Duflot

Ou encore Sandrine Rousseau.

« Ça a été très furtif, il m’a plaquée contre le mur, m’a attrapé les seins et a essayé de m’embrasser. Je l’ai repoussé. J’étais flageolante, je suis allée aux toilettes, je me suis passée de l’eau sur le visage et je suis retournée travailler »

Sandrine Rousseau

Des victimes livrent ce qu’elles ont sur le cœur et ces témoignages sont d’utilité publique. D’une part en tant qu’exemple de libération de la parole, pour la démonstration d’empathie, du soutien massif qui s’exprime aujourd’hui envers elles, mais aussi simplement pour montrer ce qui ne va pas et pour susciter des remises en question de certains comportements masculins, et de la culture patriarcale en général.

« Ces journalistes nous ont aidé à dire ce qui devait être dit, à protéger d’autres femmes, à mettre fin à l’impunité de cet homme. Mon seul regret : ne pas avoir trouvé le courage de le faire avant. »

Elen Debost

Je ne suis pas une femme, je ne souffrirai sans doute jamais du harcèlement sexuel. Alors qu’est-ce qu’un mâle blanc hétéro pourrait bien avoir à dire là dessus ? Sans doute pas grand chose, si ce n’est que ces témoignages m’ont fait réfléchir sur mon comportement et sur la manière dont je pourrai parler de séduction à mon fils. Alors je m’adresse à nous messieurs, si nous ne sommes pas tous au niveau de dégueulasserie de DB, je ne pense pas que beaucoup d’hommes puissent faire une introspection, sans trouver rien à se reprocher.
Moi aussi, je me suis sans doute déjà comporté comme un odieux connard. On ne changera pas le passé, mais demain se pense aujourd’hui. Alors changeons, sortons des codes virilistes rétrogrades, ne fermons pas les yeux, et soyons solidaires des victimes.
C’est parce que ce type de comportement est toléré, banalisé, qu’on en plaisante, qu’il est possible. Il faut que ça change.
Mention spéciale pour Gaudin et Ravier, les blagueurs de Marseille.

Denis Baupin se définit comme « libertin incompris ». Denis, c’est toi qui n’a rien compris mon pauvre. Le libertinage implique la notion de consentement mutuel, tandis que tu as juste abusé de ton pouvoir, de ta force physique et de ta ruse pour agresser de femmes qui n’avaient rien demandé. Je te définirais plutôt comme un forceur de classe internationale, de ceux dont la manière de draguer est répréhensible par la loi.

Je dois nuancer quelque peu mes propos puisque certains témoignages, dont notamment ceux de son ex-compagne Pauline Veron ou de sa femme Emmanuelle Cosse en font un portrait beaucoup plus élogieux. De leur point de vu, ce brave Denis serait un bon gars, un peu dragueur mais certainement pas le dangereux personnage décrit jusque ici. Leur parole comme les autres mérite d’être prise en compte.

« Je vous dis simplement que mon mari n’est pas capable d’actes de violences envers une femme. »

Emmanuelle Cosse

Alors qui croire ? Tout ceci n’est que spéculation de ma part :
Je pense simplement que Denis Baupin est un peu les deux à la fois et que ça n’est pas incompatible. Un mec plutôt normal quand il est chez lui, mais qui se fait une idée très archaïque de ce que peut être la séduction et le rapport homme/femme et qui n’hésite pas à utiliser ses positions de force. En clair un vieux gars bien lourdingue qui pense tout naturellement que la drague autorise tout, qu’elle ne s’arrête pas, même au bout du 10è « non » consécutif. Qui a intériorisé l’idée que l’homme domine, que les femmes peuvent coucher pour réussir et que c’est normal qu’il en profite, qui pense que son sex-appeal est irrésistible et que parfois ça excite des femmes d’être prises de force et tout ceci est intolérable, aussi gentil puisse-t’il être en tant que père de famille. Si ça se trouve, il ne comprend même pas vraiment ce qu’on lui reproche.
Un type qui a parfois utilisé son pouvoir pour parvenir à ses fins et faire pression sur les femmes qui l’entourait et c’est ça le plus grave selon moi, mais qui peut à la fois se comporter chez lui en mari respectable.

Annie Lahmer lui a raconté son agression autour d’un bureau. Puis la phrase de Denis Baupin « toi tu n’auras jamais rien dans le parti ».

En bonus, je vous laisse avec cette vidéo du « roi des rats » qui m’a également beaucoup touché. C’est un beau travail de compilation de témoignages de victimes de youtubeurs célèbres, qui comme DB ont abusé de leur position de dominance pour harceler ou tirer avantage de jeunes femmes.

« Peut être qu’à l’avenir, il y aura moins de prédateurs sexuels. »

Isabelle Attard